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Peut'on justifier le terrorisme?

Суббота, 10 Января 2015 г. 15:29 + в цитатник

Il y a 70 ans tombaient les résistants de la bande à Manouchian. Voici soixante-dix ans, jour pour jour, que tombèrent les résistants du groupe Manouchian sous les balles nazies. Vingt-deux hommes, étrangers pour la plupart, fusillés au mont Valérien pour avoir tenu tête, les armes à la main, à ceux qui occupaient un pays, la France, qui n’était pas le leur (http://ragemag.fr/il-y-70-ans-tombaient-les-resistants-de-la-bande-manouchian-67601). Tous communistes et membres des FTP-MOI (Francs-tireurs et partisans – main-d’œuvre immigrée). Ils étaient polonais, italiens, hongrois, espagnols ou arméniens. Juifs, pour certains. Patronymes à couper au couteau. «À prononcer vos noms sont difficiles», écrira Louis Aragon dans un texte que Léo Ferré contribuera à populariser. Nombre d’entre eux n’avaient pas trente ans mais ils étaient prêts à donner leur jeunesse pour une cause qui les dépassait. Leurs actions retentirent dans toute l’Île-de-France: grenades lancées sur un car de la marine de guerre allemande, attaque d’une caserne et du siège central du parti fasciste italien, exécution du général Von Apt et du colonel SS Julius Ritter… On doit leur arrestation, en novembre 1943, ainsi que le démantèlement du réseau qui s’ensuivit, aux enquêtes zélées diligentées par les Renseignements généraux français. Leurs visages, en médaillon sur la célèbre affiche de propagande, couvrirent les murs de la France entière. Trois portraits fermaient le triangle dans lesquels étaient représentés ceux que l’ennemi désigna comme des terroristes membres d’une «Armée du crime». Ceux de Célestino Alfonso, Marcel Rayman (parfois orthographié Rajman) et Missak Manouchian. Le premier, menuisier espagnol ayant combattu aux côtés des républicains contre le soulèvement franquiste, était accusé d’avoir commis 7 attentats; le second, ouvrier juif polonais, 13 attentats; le troisième, poète arménien et chef militaire des FTP-MOI de la région parisienne, 56 attentats. Tous trois écrivirent une lettre à leurs proches quelques heures avant d’être fusillés par ceux qu’ils ne parvinrent pourtant pas à haïr. Nous reproduisons tels quels ces documents historiques d’une rare émotion: restaurer une grammaire parfaite serait en ôter l’authenticité. «Ils étaient vingt et trois quand les fusils fleurirent. Vingt et trois qui donnaient leur cœur avant le temps. Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant. Vingt et trois amoureux de vivre à en mourir. Vingt et trois qui criaient la France en s’abattant.» – Aragon. Voici l'entretien avec Laurent Galandon, scénariste. Vous avez scénarisé Vivre à en mourir, un roman graphique qui sortira en mai 2014, sur la vie de Marcel Rayman. Comment en êtes-vous arrivé à vous intéresser aux protagonistes de ce qu’il est convenu d’appeler «l’Affiche rouge»? Les XIX et XXe siècle constituent mon territoire «narratif» de prédilection. Et la Seconde guerre mondiale comporte de nombreux événements propices à des récits. Si l’Affiche rouge est connue, je me suis assez rapidement rendu compte qu’on ne connaissait pas bien son histoire. Objet de propagande nazie, elle est devenue un symbole de résistance. Mais une résistance, qui, sans être occultée, n’a pas bénéficié, du moins après guerre, de toute l’attention méritée. En effet, ses membres, les FTP MOI – Les Francs-tireurs et partisans – main-d’œuvre immigrée – étaient exclusivement constitués d’étrangers (polonais, allemands, italiens, hongrois, arméniens, souvent juifs), autant dire que ce n’était pas le pan de la Résistance que les vainqueurs souhaitaient trop mettre en avant. Je pense que c’est avant tout cette dimension «internationaliste» qui m’a séduit. Ces hommes (et une femme, Olga Bancic), si différents culturellement, socialement, spirituellement, parfois politiquement (les FTP-MOI étaient liés au parti communiste, mais certains venaient des mouvances anarchistes ou libertaires), ont combattu pour un même idéal. Leur courage et leur abnégation forcent l’admiration. Pourquoi Rayman en particulier? Probablement, pourrait-on écrire 23 fois Vivre à en mourir! Chaque histoire serait alors vue à travers le prisme d’un autre personnage et de son propre parcours personnel: Missak Manouchian, rescapé du génocide arménien; Spartaco Fontano qui a fui le fascisme italien ou Celestino Alfonso qui a combattu dans les Brigades internationales… Tous ont connu un destin étonnant et «mériteraient» de voir conter leur courte vie. Outre Missak Manouchian, Marcel Rayman est le protagoniste qui apparaît probablement le plus souvent dans la documentation historique sur laquelle je me suis appuyé. Il a été à l’initiative de «l’équipe spéciale», chargée d’assassinats ciblés de collaborateurs ou des dignitaires nazis. Enfin, la rencontre avec sa cousine, Elise Cousens/Rayman me permettait d’obtenir des informations qu’aucun livre d’histoire n’abordait. Aussi, Marcel Rayman s’est-il imposé naturellement. J’aimerais ajouter que Vivre à en mourir n’est pas un document historique sur la Résistance, l’Affiche Rouge ou les FTP-MOI. Bien sûr, ces sujets sont abordés mais il s’agit avant tout d’une tranche de vie, celle d’un jeune homme, confronté à la barbarie. Vous avez donc effectué des recherches auprès de sa famille: qu’avez-vous découvert, sur l’homme qu’il était? J’ai en effet rencontré Elise Cousens/Rayman, la cousine de Marcel. Elle ne l’a que peu connu car elle a seulement deux ans lorsqu’il est fusillé au Mont Valérien. Mais elle a grandi auprès de Simon Rayman, le jeune frère de Simon, qui était très proche de son aîné. Par ailleurs, Elise a fait un important travail de mémoire autour de sa famille, dont de nombreux membres ont été assassinés dans les camps d’extermination. Initialement, elle n’était pas franchement enthousiaste à l’idée de voir son cousin devenir le protagoniste principal d’une nouvelle histoire. En effet, elle avait été blessée par l’image que Robert Guédiguian avait donnée de son cousin dans son film, l’Armée du crime. Cependant, après avoir défini quelques modalités de travail, elle m’a accordé sa confiance. Marcel Rayman était un jeune homme doux et pacifique. Lecteur passionné, fils et frère attentionné, il n’était pas préparé à un tel destin. Les événements successifs dont vont être victime sa famille et sa communauté vont le pousser à prendre les armes. Mais un tel choix ne se fait pas aussi facilement. Pour le commun de mortels, contrairement à l’image du héros cinématographique, tuer n’est pas un acte anodin dont on sort indemne. Elise a pu revenir, via la parole rapportée de Simon, sur les doutes, les angoisses et les peurs de son cousin. Autant de sentiments et d’anecdotes qui ont nourri Vivre à en mourir. Dans la dernière lettre qu’il adresse à sa famille, quelques heures avant d’être fusillé, Marcel Rayman affirme qu’il n’a aucun regret. On pourrait trouver ses propos quelque peu bravaches et destinés à apaiser la peine de ses proches. Pour l’avoir « accompagné » pendant la réalisation de cet album, je crois qu’ils sont surtout révélateur d’une véritable conviction et d’une foi inébranlable dans la justesse de ses actes. 70 ans après, la «bande à Manouchian» a-t-elle encore quelque chose à dire à notre époque? Comme, je le rappelle souvent, je ne fais pas œuvre de pédagogie. Je reste simplement un raconteur d’histoires. Au demeurant, au regard des relents antisémites et racistes qui secouent notre début de XXIe siècle, je ne suis pas mécontent de revenir, à ma modeste échelle, sur ces événements. Alors oui, au risque d’être grandiloquent, je crois que l’histoire du groupe Manouchian, par la nature des membres qui le composait, mérite d’être mieux connue: Les FTP-MOI étaient des immigrés et ils se sont battus et sont morts pour le pays qui les avait accueillis. L'avis de la rédaction: pour nous, il n'y a aucune différence entre le gang Manouchian et celui des buttes Chaumont, le terrorisme est un acte barbare qui engendrera de la part du pouvoir en place une répression sanglante et aveugle contre des civils. Même si aux vues des éléments nouveaux de ces derniers jours, un false flag apparaît de plus en plus évident dans cette histoire d'hommes cagoulés.

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