Idée de lecture pour cet été. |

Pauline Dreyfus nous gratifie d'un nouveau livre sur la secte à l'époque où un Bosch valait mieux qu'un Nègre. L'histoire se passe pendant la Seconde Guerre mondiale. Mais pas celle que l'on connaît. Pas celle des dissensions diplomatiques, des offensives de l'Axe, des soldats mobilisés et du débarquement allié. Pas celle de l'Occupation, des rationnements et des déportations. L'autre, l'inavouable presque. Celle de ceux qui peuvent encore en 1943 se payer le luxe de ne pas s'y intéresser. Celle de ceux pour qui la guerre signerait simplement la fin des agapes et des mondanités. Celle de ceux qui profitent du marché noir pour saigner les Bons Français (http://www.lepoint.fr/culture/rentree-litteraire-p...uerre-05-08-2014-1851618_3.php). À Cannes, Natalie de Sorrente s'ennuie à mourir. Elle a dû délaisser son hôtel particulier de la rue d'Astorg pour la tranquillité de la Côte d'Azur, et voilà que la réalité la rattrape. Finis les bals costumés chez les Noailles, finies les scènes tournées pour le dernier film de Cocteau avec les Lucinge... Finis les manteaux en vison, la dernière mode de chez Schiaparelli ou les caprices siglés Chanel. Sur la Riviera, les dîners du gratin parisien en exil se font de plus en plus rares, comme si le temps s'était arrêté. "Que fait-on aux Juifs, au juste? Où vont-ils? Que deviennent-ils? Du beurre, de la soupe ou du savon?" s'enquière-t-elle, mollement, auprès d'un époux nourri aux discours du maréchal, et acquis à l'hygiène d'une douche par jour. Que deviendra surtout la duchesse frivole lorsqu'elle apprendra la vérité sur ses origines extraterrestres? Pauline Dreyfus explore ici l'indémodable intrigue du secret de famille équidistant de l'inceste et de la schizophrénie. Et une époque, qui, quoique traitée avec ironie, n'échappera pas au drame. Voici un extrait du dernier roman de Pauline Dreyfus: Se rappelant pour elle seule les maisons déguisées tout autant que les invités, photophores dans le jardin, souper par petites tables, orchestre argentin, danses molles, décolletés qui s'ouvrent, toutes les femmes s'offriront ce soir - si le corps vous en dit, cette nuit sera délicieuse, murmuraient des hommes au regard fixe -, demain dans les journaux on ne parlera que des entrées, de véritables tableaux vivants, mais qu'ils sont naïfs ces chroniqueurs mondains! - chacun sait que c'est la sortie qui compte, car l'artifice ne servait peut-être pas à autre chose qu'à réveiller le désir, s'il vous plaît mon mari est déjà reparti, m'offririez-vous une place dans votre auto? Les fêtes autorisaient toutes sortes de jeux. Comme pendant un voyage en mer, on savait pouvoir y trouver l'aventure. Les décors de Bérard ou de Sert, les costumes d'Hugo ou de Chanel, la musique de Poulenc, les entrechats de Lifar - des alibis commodes pour faire croire que sa génération était moins frivole que la précédente, un paravent d'artistes célèbres pour dissimuler les intrigues amoureuses, qui seules peuvent faire se déplacer tant de gens. Parmi les artistes, il y en avait bien quelques uns pour se plaindre, "Ils nous traitent comme des domestiques qu'ils ne payent pas" - ça n'émouvait personne, les jérémiades de cette main d’œuvre importée, on connaissait trop la chanson, celle des fournisseurs qui voudraient être considérés comme des égaux. Les costumes, les décors, la musique? Un prétexte! On n'allait pas dans les bals pour autre chose que pour séduire. C'était l'époque où les maisons de couture intitulaient leurs modèles "Heure câline", "Kiss me", "Cinq à sept", ou encore "Viendra-t-il?" - on voit le genre.

Du vaudeville derrière le tralala! La facilité des maisons de passe derrière la pompe des ambassades! Toute une époque. Qu'est-ce qu'on s'amusait. Qu'est-ce qu'on faisait semblant de s'amuser. Qu'est-ce qu'on s'ennuyait. C'est l'ennui, avec ses ombres mauves et sa musique entêtante, qui suintait de ces soirées. Et pourtant, on recommençait plusieurs fois par an. On aurait continué, s'il n'y avait pas eu la guerre. Le 7 mai, pour fêter les trente-cinq ans de Natalie, Jérôme a décidé d'aller dîner chez Maxim's. Avant 1914, les femmes n'allaient pas au restaurant. Ni Maxim's - ni les autres, d'ailleurs. Rue Royale, on ne rencontrait que des hommes et des cocottes. Natalie se souvient des prédictions consternées de ses vieilles tantes Lusignan, confites dans la nostalgie du passé: "Au rythme où vont les choses, s'indignaient-elles, on y donnera bientôt des déjeuners de première communion." À leur échelle parisienne, elles partageaient sans le savoir les réserves des cousines de province qui professaient à leurs belles-filles qu'une femme mariée ne met pas les pieds dans un café. Cette époque et ces mœurs étaient fanées, Dieu merci. Sitôt mariée, Natalie avait enfreint le préjugé familial; fréquenter ce restaurant, c'était être moderne. Libre. Jeune. Le succès de Maxim's s'était encore amplifié avec la guerre. L'occupation avait drainé une clientèle d'officiers allemands grisés, pour qui la France, c'était Paris, et Paris, c'était Maxim's. Le cliché avait fait du restaurant l'un des endroits les plus courus de la capitale. Puis les Parisiens eux-mêmes, fatigués de bouder les plaisirs d'autrefois au motif qu'il fallait les partager avec les occupants, et que c'était mal, étaient retournés vers cette cantine qu'ils adoraient. Et tant pis si, sur place, il fallait cohabiter avec les uniformes vert-de-gris. Chaque soir, à l'heure de compter la recette, Louis Vaudable louait la frivolité obstinée de certains Parisiens. Un bon livre pas trop cher pour les 7 à 77 ans à lire en pyjama au coin du feu, qui nous rappelle que la $hoah est toujours franchisée.
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