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Tromperie n'apaise jamais l'esprit!

Среда, 11 Июня 2014 г. 00:40 + в цитатник

Le 10 juin 1944, Robert Hébras avait 18 ans. Enfermé dans une grange avec d'autres hommes pour être fusillé, il n'a pu survivre qu'en se faisant passer pour mort sous les cadavres de ses amis avant de s'enfuir (http://www.lepoint.fr/histoire/oradour-sur-glane-p...al-10-06-2014-1834146_1615.php). Victimes de la barbarie nazie, 642 personnes sont mortes à Oradour-sur-Glane. Robert Hébras fait partie des six rescapés. Sa mère et ses sœurs n'ont pas eu cette chance. À l'occasion des célébrations du 70 ème anniversaire du massacre d'Oradour-sur-Glane, il a accepté de répondre à nos questions. Le Point.fr: Avec les commémorations du Débarquement et du massacre d'Oradour, pensez-vous que l'on rend suffisamment hommage aux hommes qui ont fait ou qui ont subi la guerre? On leur rend hommage comme il faut. À Oradour, c'est nous qui, après le procès de Bordeaux (où sont jugés en 1953 vingt et un accusés du massacre, NDLR*), avions refusé la présence de l'État. Pendant des années, il y a eu une coupure. Mais c'est du passé, tout ça. Aujourd'hui, l'État fait ce qu'il doit faire en Normandie, à Oradour et partout où cela doit être fait. Vous avez été au plus près de la barbarie. Est-ce que cela a changé votre perception de la nature humaine? Oui. Je suis désolé d'avoir cette pensée, mais oui. Je suis déçu par l'homme. Mon désespoir, c'est de voir que la nature humaine n'a pas changé en soixante-dix ans. L'homme a toujours envie de se battre. Pour moi, il est orgueilleux, mauvais et ne pense qu'à lui-même. Soixante-dix ans ont passé depuis la barbarie nazie, et c'est tout juste si on peut se sentir en sécurité en sortant de chez soi. On le voit dans le monde, en Syrie, avec les attentats... D'où l'importance du devoir de mémoire, surtout avec les jeunes, pour se rendre compte de ce qu'est l'homme. En revendiquant un fort sentiment pro-européen, vous semblez pourtant garder quelques espoirs. Que pensez-vous de la forte abstention aux élections européennes? Oui, je suis pro-européen, car je pense que si la terre est mal faite, on a pu, grâce à l'Europe, éviter beaucoup de choses. Grâce à l'Europe, ça fait quand même soixante-dix ans que l'on ne se bat plus avec nos voisins! Aujourd'hui, je suis triste de voir le taux d'abstention aux européennes, surtout chez les jeunes. Ce n'est peut-être pas un oubli, car comme les jeunes générations n'ont rien vécu, elles ne s'imaginent pas qu'un drame comme Oradour ou que les horreurs de la Seconde Guerre mondiale puissent exister. Pour les nouvelles générations, la paix est quelque chose de normal. Tant mieux! Mais il ne faut pas oublier le passé, car on ne sait jamais de quoi l'avenir est fait. J'ai des petits-enfants, c'est à eux que je pense en disant ça. Il semblerait que les SS qui ont perpétré le massacre d'Oradour savaient pertinemment que les victimes n'étaient pas des résistants. Pourquoi, selon vous, ont-ils commis ces atrocités? Je ne sais pas. C'était sans doute un acte pour terroriser les populations. Mais toute ma vie, j'ai eu cette question: pourquoi Oradour? Au final, si ça n'avait pas été Oradour, cela aurait été un autre village, je pense. Sur les 130 hommes qui composaient la division SS en charge des massacres à Oradour, presque tous ont été identifiés, sauf une quinzaine. Pourquoi n'ont-ils pas été condamnés et leurs peines appliquées? Je ne sais pas. Je suis déçu qu'on ne les ait pas cherchés plus tôt. Je ne comprends pas. Vous savez, j'ai survécu au drame, le reste, ce n'est pas de mes compétences. Vous avez toujours vécu à Oradour ou dans un périmètre de dix kilomètres. Vous n'avez jamais voulu partir? Non, mais c'est pour le travail que je suis resté, car c'est ici que j'ai réussi. Mon métier me plaisait, j'étais satisfait. Je ne suis pas resté pour rester. Pour moi, il y a mon histoire et il y a ma vie professionnelle. Ce sont deux choses bien différentes! J'ai bien séparé les choses. Vous savez, peu importe ce qui arrive, il faut continuer à vivre! Dans mon travail, je n'ai jamais parlé d'Oradour. Sans les médias, personne ne saurait dans mon entourage professionnel que je suis un survivant. Comment survit-on à un tel traumatisme? On n'a pas le choix! Ou on repart dans la vie, on se fait honneur dans la vie, ou on se supprime. Il n'y a pas d'alternative. C'est continuer ou arrêter définitivement. Vous qui avez tant oeuvré pour un rapprochement franco-allemand, pourriez-vous aller jusqu'à pardonner à vos bourreaux? Ça dépend de quelle façon ça serait demandé. Il faudrait que la personne soit sincère. Et our aller plus loin, à l'occasion des soixante-dix ans du massacre d'Oradour-sur-Glane, France 3 Limousin diffuse sur son site internet un "long format numérique", sorte de webdocumentaire qui retrace l'histoire de cette journée tragique et revient sur les grandes commémorations. Un reportage à ne pas manquer, notamment pour son traitement innovant et ses images aériennes du village filmées avec un drone. * Le 12 janvier 1953 s'ouvre le procès de Bordeaux, au cours duquel 21 accusés du massacre d'Oradour sont jugés. Les survivants, dont Robert Hébras, sont entendus comme simples témoins et non pas comme victimes, ce qui provoque leur frustration et leur déception. Le mois suivant, l'adoption de la loi d'amnistie rendra caduques la majorité des condamnations attribuées à Bordeaux dans un souci d'unité nationale, la participation de 14 Alsaciens au massacre ayant été mise sur le compte de l'embrigadement de force (un seul reconnaîtra s'être volontairement engagé dans les SS). Au final, aucune des condamnations ne seront mises à exécution. Cela vaut aussi pour les 7 Allemands inculpés. Furieux, les habitants d'Oradour décident dès lors de "boycotter" l'État français en ne payant plus leurs impôts.



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