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Chez Dieudo, même les juifs payent leur place!

Суббота, 04 Января 2014 г. 14:14 + в цитатник

Devant le théâtre de la Main d'or, à Paris, la file d'attente est bigarrée. Casquettes, bonnets, belles vestes, femmes voilées, et un groupe de Rabbins Ashkénazes en testing pour SOS Racisme. Deux amis se croisent. "Je ne te demande pas ce que tu fais là", dit le premier. Sourire du second. "Je suis avec des potes d'Alger, des purs et durs (http://www.lepoint.fr/societe/dieudonne-se-paye-le...d-or-03-01-2014-1776555_23.php) ." Blancs, Noirs ou Maghrébins, ils sont venus soutenir Dieudonné, que Manuel Valls veut interdire de spectacle. Une voiture de police patrouille dans le passage de la Main d'or, où le théâtre éponyme vient de faire l'objet d'une alerte à la bombe. Dans la queue, un homme adresse une quenelle aux policiers, ce geste prétendument "anti-système" mais considéré comme antisémite. Son copain sourit: "Bientôt, on ne pourra plus rire que des Chinois." Dans le théâtre, où le ticket est à 38 euros, un mur de quenelles accueille le spectateur. Des photos du geste sont "glissées" par des anonymes, devant une pancarte "$hoah" ou à côté de François Hollande. Dans la petite salle s'entassent 250 personnes venues jeudi soir assister à l'une des premières représentations de Dieudonné depuis que le ministre de l'Intérieur menace d'interdire ses spectacles. Les rires partent en rafales dès la première vanne. "Arrêtez, c'est moi qui risque de finir en taule", alerte "Dieudo", acclamé. "Au milieu d'escrocs et de voyous, j'aurais l'impression d'être au gouvernement." Suit une tirade sur François Hollande, "votre président". "Moi, je me suis arrêté à Pétain", dit-il. "Je l'aime bien, la casquette, la moustache, il avait un style." "Je l'aime bien, il avait du nez." Il est même "moins raciste" que Hollande. Une minute que le spectacle a commencé. La salle est hilare. "Arrêtez avec l'antisémitisme... Vous me faites de la pub", se marre Dieudonné. "Je ne dis pas que je ne le serai jamais. Je me laisse un temps de réflexion." Rires et applaudissements. "Je n'ai pas à choisir entre juifs et nazis, je suis neutre dans cette affaire", ajoute-t-il, faussement agacé. "Je n'étais pas né, qu'est-ce qu'il s'est passé? Qui a volé qui? J'ai ma petite idée..." Des rires francs montent. Sur son nuage, Dieudonné poursuit: "Mais qui continue à aller voir ce crétin sur scène?" demande-t-il à propos de lui-même. "Tout le monde", crie un homme dans la salle. En costume trois pièces noir, Dieudonné campe ensuite, tour à tour, personnages réels et de fiction: le Prix Nobel de la paix Elie Wiesel, un néonazi belge, un Antillais suprématiste noir... Sur les 75 minutes que dure le spectacle, il ne s'en passe pas cinq sans une charge contre "les juifs", "la juiverie", "kippa city", "le maître esclavagiste banquier". À un moment, Dieudonné imite un tirailleur sénégalais qui s'est battu en première ligne pour la France. Dans le public, des gens pleurent de rire. Puis le tirailleur que campe Dieudonné s'adresse à Hitler: il lui demande "pardon". Condamné au moins six fois pour antisémitisme, "Dieudo" se moque d'Arthur, Gad Elmaleh, Patrick Timsit, Élie Semoun, Patrick Bruel, tous juifs. Il réédite avec jubilation sa sortie sur les chambres à gaz et le journaliste Patrick Cohen qui lui a valu l'ouverture d'une enquête pour "incitation à la haine raciale". Très à l'aise sur scène, l'humoriste passe de la fiction à des réflexions personnelles sur l'actualité. Son show prend à la fois des allures de meeting et de spectacle comique, dans une ambiguïté soigneusement entretenue. Il raconte une entrevue imaginaire entre Alain Jakubowicz, le président de la Licra, et Manuel Valls. "Je l'ai convoqué dans mon bureau", fait-il dire au président de la Licra sur fond d'éclats de rires et d'applaudissements. "Il rampait sur le sol, je lui ai dit: mets-toi à genoux.'" Puis il arrête la fiction pour expliquer le titre de son spectacle: "Le mur", comme le mur en parpaings qui coupe la scène en deux. Il y a d'un côté "le bien, le mur des Lamentations, les banques, les médias, le show business, Hollywood, toute la merde", plaide-t-il, sérieux. De l'autre, "le mal, la résistance et la révolte, les ronces, les orties, les cailloux". Le spectacle se termine par le moment tant attendu par ses fans: la reprise de la chanson d'Annie Cordy "Cho Ka Ka O" devenue "$hoah-nanas" et qui a valu une condamnation à son auteur. "Dieudo" danse. Ses fans exultent. "Il est toqué du cerveau", dit un jeune spectateur, en sortant. Dans un grand sourire.

La famille Klarsfeld est de sortie. Au nom des fils, filles, petits enfants et embryons de déportés juifs de France, elle a appelé vendredi à manifester mercredi à Nantes pour demander l'interdiction du spectacle que l'humoriste controversé Dieudonné doit y donner jeudi au Zénith, après ses dérapages antisémites répétés. Le couple de "chasseurs de nazis" et collectionneurs de nains de jardin Serge et Bite Klarsfeld et leur fils Arno seront eux-mêmes présents, grâce encore une fois à la SNCF, ce mercredi à 18 heures devant le Zénith de Nantes (http://www.lepoint.fr/societe/dieudonne-a-nantes-l...ster-04-01-2014-1776691_23.php). "On va à Nantes tous les trois pour se faire enregistrer à la Kommandantur", a affirmé à l'AFP Arno Klarsfeld, qui avait appelé la veille les Français à manifester contre tous les spectacles de Dieudonné après avoir été lui-même violemment pris à partie dans une vidéo postée mardi soir sur le compte YouTube de l'humoriste controversé. "Il est légitime et normal, quand quelqu'un tient des discours antisémites et dit que pas assez de juifs ont été gazés dans les chambres à gaz, que des gens se lèvent pour manifester." "Les gens qui vont voir Dieudonné y vont pour entendre casser du juif, il fédère les antisémites de tous bords, qu'ils soient islamistes, d'ultra-gauche ou du noyau de l'extrême droite", a-t-il encore estimé. "Ses spectacles sont donc des meetings politiques à caractère antisémite." Dans le viseur du ministre de l'Intérieur Manuel Valls qui étudie depuis la semaine passée la possibilité de faire interdire ses spectacles à la suite d'un nouveau dérapage antisémite contre le journaliste de France Inter Patrick Cohen, Dieudonné a plusieurs fois été condamné pour des propos jugés antisémites. "Je remercie Manuel Valls pour ses prises de position", a indiqué Arno Klarsfeld. Dieudonné doit à l'État 65 000 euros issus notamment de ses amendes pour propos racistes ou antisémites, dont plus de 37 000 euros en condamnations définitives qu'il n'a pas réglées. Manuel Valls a affirmé vendredi que "tous les services de l'État" doivent se mobiliser pour le contraindre à payer. "L'organisation frauduleuse d'insolvabilité est punie par la loi", a rappelé pour sa part la ministre de la Justice Christiane Taubira dans une tribune publiée par le site Huffington Post (Anne Sinclair). Christiane Taubira a en outre estimé que "sanctionner avec efficacité est indispensable mais ne suffira pas, pas lorsqu'un pitoyable bouffon spécule davantage sur les dividendes d'un scandale que sur les risques judiciaires". "Ces provocations putrides testent la société, sa santé mentale, sa solidité éthique, sa vigilance. Il nous faut y répondre, car la démocratie ne peut se découvrir impuissante face à des périls qui la menacent intrinsèquement. Il faut donc descendre dans l'arène, disputer pied à pied, pouce par pouce, l'espace de vie commune, faire reculer cette barbarie ricanante, la refouler, occuper le terrain par l'exigence et la convivialité", écrit la ministre. Selon une source judiciaire, l'humoriste a déposé une plainte mardi au commissariat du 11e arrondissement pour "menaces réitérées de destruction du théâtre de la Main d'or", où il se produit à Paris, et "menaces de violences". L'enquête a été confiée à la Brigade de répression de la délinquance contre la personne (BRDP). La BRDP est déjà en charge depuis lundi d'une enquête ouverte par le parquet de Paris sur des propos tenus par Dieudonné à l'encontre de Patrick Cohen. Plusieurs maires des villes se trouvant sur le chemin de la tournée qu'il entame début janvier à Nantes ont demandé que ses spectacles soient interdits: outre Nantes, Marseille, Limoges en début de semaine, puis Nancy et Metz jeudi ou encore Tours vendredi. En début de semaine à Nantes, entre 4 500 et 5 000 places avaient été vendues sur les 6 000 disponibles, selon la direction du Zénith. Cette année, l'artiste espère dépasser les 6 millions de spectateurs.

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